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Le plus petit point du monde
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F6. Nouveau désastre

23 Septembre 2012, 22:12pm

J'ai le plaisir de jouir, de lire le long roman de tes yeux brunassés de larmes, de palper ton coeur directement à la source, sous ta chair de marmelade. Je veux vivre d'innocence, de légèreté, d'envie de plaire et de te plaire. De venir dans l'interstice du mirage, dans le puits noir sans fond sinon celui du néant.


J'aime l'univers clair de tes vendanges tardives, de ton cri doux qui caresse les ombres de la fantaisie. Ce n'est pas vrai que la nuit s'épuise parfois, s'il y a une certitude c'est celle du soir qui viendra déshabiller le quotidien, ton quotidien. Chaque couche de ta fatigue qui s'accumule en fibres épidermiques se verra peler par tes rêves fluides. J'aime ouvrir l'ancienne porte qui me laisse entrer au travers de toi depuis ces années.


Je te revisite encore et encore, je ne veux plus perdre aucune de tes nuances. Ferme les yeux, que j'embrasse le revers de tes paupières. Que je m'épuise au travers de toi comme une catastrophe naturelle. Que je déferle, doucement, du plus profond de mon âme.

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E5. Les structures

15 Septembre 2012, 13:20pm

Tu feras éclater les structures, ton corps déferlera sur le contour des choses, emplira l’espace d’une drôle de manière. Tu partiras ensuite avec le lit dans les replis de ta chair, et la pièce sera vide à nouveau. Je pourrai dessiner la forme d’un nouveau lit comme on délimite la position d’un corps sur une scène de crime. Je ne dormirai plus, je me ferai insomniaque alternant le café et l’alcool jusqu'à ce que mon corps ne sache plus différencier le sommeil et l’éveil. Il y aura dans mon regard l’obsession de la neutralité, ma bouche émettra des sons pareils à celui d’un sonar clamant ma position dans l’univers.

Tu te feras l’écho des envolées migratoires pendant que je me boulonnerai dans les positions les plus inconfortables pour calquer l’interminable course lente des secondes acides, celle des grandes espérances. J’entendrai ta voix comme un bruit sourd, sans me rendre compte que ce n’est que le son d’un filtreur de piscine hors terre qui se lamente quelque part sur la Rive-Sud. Je me suburbaniserai sur le rebord de Montréal, les yeux rivés sur le plafond uniforme en attendant qu’il tombe de lui-même, d’un seul coup sans s’annoncer.

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D4. Ton quartier

5 Septembre 2012, 20:37pm

De ton quartier, je me rappelle l’asphalte cryogène qui fissurait les regards. L’asphalte qui cramponnait chacun de nos pas pour rendre la route toujours un peu plus longue. Ce quartier dans mon souvenir n’est qu’un jour d’hiver, une fissure glauque sur mon cortex cérébral.

Tu disais que tu ne comprenais pas pourquoi tu étais née, pourquoi quelqu’un quelque part avait momentanément décidé de t’enfanter pour finalement te laisser choir seule dans un quartier sans nom, sans repères, congelé. Tu me disais aussi que tu te pétait la face tous les week-ends sur de la musique techno, toute la nuit. Je ne te connaissais que depuis quelques minutes. Je n’avais jamais vécu la sensation d’être devant une bombe à retardement. Qu’aurais-je dû faire sinon t’écouter? Un peu, sinon un peu plus.

Il y a eu les heures, et la nuit. Il y avait le design d’une bouteille de vodka que tu voulais me montrer chez toi, en haut des escaliers. Je me souviendrai toujours du son de mes pas quand j’ai redescendu les 32 marches au matin. À la fois pesant et coupable. Immédiatement après avoir traversé la porte, j’ai cru entendre la voix caverneuse du soleil glacial me chuchoter à l’oreille de marcher jusqu’au bout de Beaubien sans jamais me retourner.

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C3. mauvaise rupture

26 Août 2012, 21:08pm

Je suis dans le désert, un quelconque désert. Les nuages planent en strates sans vraiment donner une signification au ciel, sinon celui d’être instable. Et je me mets à penser au Grand Canyon que je n’ai jamais vu, mais je le respire comme une bouffée de Camel Silver.

« Five dollar for the lighter »

Et là, cette petite plage ensoleillée me revient en tête, décoiffée par le revers du soleil qui la mélange à la nuit. Je suis trempé sur ce transat glacée, mêlé à toi qui déformes la réalité dans un soupçon d’amnésie. Ai-je vraiment dit ça, l’ai-je vraiment vécu?

La nuit noire, n'existe plus.

Il ne reste que la nuit espiègle, la nuit voyeuse. Je l’imagine déverser quelques gouttes acides sur ta chair vulnérable. Je me dis à ce moment qu’un jour je vais revivre à l’envers l’écho de tes paupières lourdes qui tombent et qui se laissent corrompre par l’oubli. Et sous elles, je verrai le doux brun de tes yeux deviner l’ampleur du désir.

Je reviendrai à ce désert où les nuages ne font que passer, mais inondent l’immédiateté d’une façon inadéquate. La prochaine puff sera pour les chutes Niagara même si je n’y crois pas. L’automne nous dira bien ce que la nuit ne sait pas.

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B2. Veux-tu?

20 Août 2012, 18:58pm

Veux-tu vraiment?

Redevenir accroc à l'essence des mots, au parfum volatile des consonances végétales. De ces mots qui sentent le lichen et qui s'accrochent à la peau des autres. Ces orateurs silencieux qui discourent sur l'usage du véhicule humain comme moyen de transport urbain de premier niveau. De ces jambes qui paraphrasent le mouvement de façon tout à fait dynamique laissant place à toute une panoplie d'évitement caractéristique.

Ils s'exposent volontairement dans toute leur vulgarité, leur primitivité conséquente. Eux, ces charriots de plaisance sans racines. Nous y voilà au moment où je décide que tout ce qui vient d'être écrit avant dans ce texte n'existe pas vraiment. Du bois d'allumage pour personne légèrement déficiente, en quête de restructuration cognitive. Voici ce qu’on aurait simplement dû lire :

Oui, je le veux vraiment. Est-ce que tu sais à quelle heure tu vas rentrer? Je voulais redéfinir avec toi ce que devrait être le mot bonheur. Probablement devant un verre de porto et un schéma en arbre décisionnel et si l’on trouve le temps, partir une brassée de foncée, je suis short en boxer.

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A1. Je ne sais plus écrire

15 Août 2012, 16:58pm

Je ne sais plus écrire. J'ai l'impression que ma vie est une suite de colonnes dans un tableau Excel. Je ne sais plus écrire et c'est tant mieux, je ne voudrais pas dévier du cadre formel des cellules.

Je suis au bâton, la balle flotte dans l'air au ralenti. Je vois les joueurs immobiles attendant le moment de l'impact pour se mettre en mouvement, tous se diriger vers ce même point, celui qui détermine l'endroit exact ou la balle devrait tomber si aucune interférence humaine n’entrait en jeu. Mis à part le vent, l'angle de l'impact du bâton, la position du corps, l'effet de rotation de la balle, il y a ce quasi-vide indescriptible dénué de toute réflexion qui subsiste le temps d'une fraction de seconde entre le moment du coup et l'état de flottement de la balle. Cette fraction de seconde où tout ce qu'on croyait la bonne chose à faire peut être délibérément bouleversé.

Je ne sais plus écrire pour plusieurs raisons. Pourtant, il n'y en a aucune de valable et de toute façon n'est-ce pas plutôt une fatalité qu'un choix? Certaines personnes savent, d'autres non. Il y a une force invisible qui régit le ton juste des mots et qui tempère tout écart de poésie jusqu’à l’oubli. Je ne sais plus écrire et c'est l'unique et la meilleure raison que j'ai trouvée pour ne pas y renoncer.

Il y a dans le chaos un tout petit réconfort qui lui confère un certain intérêt, mais c'est d’abord, au travers du plus petit point du monde que je voudrais vous emmener. Du côté où aucun autre paramètre n’est admis excepté l’inconnu. Dans un sens, un certain point de départ, car évidemment j'ai peine à remplir le vide sans y encocher le temps. Tout reste à inventer puisque je ne sais plus, tous ces mots ne seront qu’un prétexte pour élimer l’usage.

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