A1. Je ne sais plus écrire
Je ne sais plus écrire. J'ai l'impression que ma vie est une suite de colonnes dans un tableau Excel. Je ne sais plus écrire et c'est tant mieux, je ne voudrais pas dévier du cadre formel des cellules.
Je suis au bâton, la balle flotte dans l'air au ralenti. Je vois les joueurs immobiles attendant le moment de l'impact pour se mettre en mouvement, tous se diriger vers ce même point, celui qui détermine l'endroit exact ou la balle devrait tomber si aucune interférence humaine n’entrait en jeu. Mis à part le vent, l'angle de l'impact du bâton, la position du corps, l'effet de rotation de la balle, il y a ce quasi-vide indescriptible dénué de toute réflexion qui subsiste le temps d'une fraction de seconde entre le moment du coup et l'état de flottement de la balle. Cette fraction de seconde où tout ce qu'on croyait la bonne chose à faire peut être délibérément bouleversé.
Je ne sais plus écrire pour plusieurs raisons. Pourtant, il n'y en a aucune de valable et de toute façon n'est-ce pas plutôt une fatalité qu'un choix? Certaines personnes savent, d'autres non. Il y a une force invisible qui régit le ton juste des mots et qui tempère tout écart de poésie jusqu’à l’oubli. Je ne sais plus écrire et c'est l'unique et la meilleure raison que j'ai trouvée pour ne pas y renoncer.
Il y a dans le chaos un tout petit réconfort qui lui confère un certain intérêt, mais c'est d’abord, au travers du plus petit point du monde que je voudrais vous emmener. Du côté où aucun autre paramètre n’est admis excepté l’inconnu. Dans un sens, un certain point de départ, car évidemment j'ai peine à remplir le vide sans y encocher le temps. Tout reste à inventer puisque je ne sais plus, tous ces mots ne seront qu’un prétexte pour élimer l’usage.
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